En mars, le gouvernement ghanéen a décidé de ne pas appliquer la saison de pêche fermée (repos biologique) pour la pêche artisanale en 2025.
Emelia Arthur, récemment nommée ministre de la Pêche et du Développement de l'Aquaculture, a annoncé que cette décision visait à protéger les moyens de subsistance de la pêche artisanale tout en continuant à promouvoir la durabilité des ressources marines. Les chalutiers industriels devront toutefois respecter l'interdiction annuelle de pêche de deux mois en tant que période de repos biologique.
La saison de pêche fermée a été initialement introduite en 2019 pour permettre aux populations de poissons de se reconstituer pendant leurs périodes de frai de pointe, en ciblant en particulier les petits pélagiques comme les sardines. Cependant, des études récentes ont montré que, si ces fermetures peuvent momentanément entraîner une augmentation de la taille et de l'abondance des poissons, leur impact socio-économique sur les communautés de pêche est désastreux. En effet, de nombreux hommes et femmes de la pèche artisanale ghanéenne dépendent uniquement de la pêche pour leur subsistance, et les fermetures saisonnières ont un effet négatif sur leurs revenus.
Par le passé, les pêcheurs ont déploré l'absence d'indemnisation adéquate pour la cessation de leurs activités, ainsi que le manque d'implication des acteurs dans la planification et la mise en œuvre de la saison de fermeture. En outre, les pêcheurs et les scientifiques remettent en question l'efficacité écologique de la saison de fermeture, car les activités de pêche illégales en cours et la surcapacité du secteur industriel sapent les efforts de conservation entrepris par la pêche artisanale. L'application laxiste des sanctions contre les pratiques de pêche illégales décourage encore davantage les pêcheurs artisans de respecter la réglementation : les avantages de la période de repos biologique sont donc minimisés, ce qui rend le sacrifice de la pêche artisanale totalement injustifié.
« Si les communautés de pêche artisanale seront exemptées, les chalutiers industriels devront eux respecter l’interdiction de pêche de deux mois comme période de repos biologique. » »
La presse ghanéenne a rapporté que la décision d'exempter les pêcheries artisanales de la saison de fermeture était très appréciée des pêcheurs, citant Nii Odamitey, chef des pêcheurs de Tema : « Depuis l'application de la saison de fermeture, nous n'avons pas compris la raison d'être de cette mesure. Si aujourd'hui, le gouvernement a décidé de l'annuler, nous nous en réjouissons. »
La ministre a annoncé que d'autres mesures de conservation sont actuellement à l'étude, notamment la création de zones de conservation clés, telles que le cap des Trois-Points dans le golfe de Guinée. Ces zones pourraient faire l'objet de restrictions des activités de pêche, qui seront décidées en collaboration avec les professionnels de la pêche artisanale, afin de protéger les frayères et d'assurer la régénération des stocks de poissons.
La ministre a également fait part de sa détermination à lutter contre la pêche illégale au Ghana, en mettant en œuvre des réformes, notamment par la révision de la loi sur la pêche, visant à mieux réglementer le secteur et à assurer une application plus stricte de la législation.
Cette décision arrive à point nommé, car le Ghana fait actuellement l'objet d'un examen minutieux de la part de l'Union européenne, qui lui a adressé un « carton jaune » en 2021, indiquant qu'il ne faisait pas assez d'efforts pour lutter contre les activités de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Cet avertissement fait peser un risque sur les exportations de produits de la mer du Ghana. En effet, si les préoccupations concernant la pêche INN ne sont pas prises en compte, les produits de la mer ghanéens, en particulier le thon, qui contribue à hauteur de près de 400 millions de dollars par an à l'économie, pourraient être interdits sur les marchés européens.
Photo de l’entête: Par Melvin Ankrah.
Dans cet article, l'auteur révèle les failles de calculs du rapport « Financing Nature » qui plaide pour une augmentation des financements en faveur de la conservation. L'auteur déplore également que l'accent soit mis sur l'augmentation des dépenses au détriment de discussions essentielles sur les causes profondes de la crise.